Bureau : l’appel de la nature

par | 18 02 2019

 

4 min.

Et s’il y avait mieux que le baby-foot et le café à volonté pour accroître le bien-être des salariés ? À l’heure où les entreprises commencent à miser sur la qualité de vie au bureau, un élément fait désormais l’objet de toutes les attentions : la nature.  Mais comment l’intégrer ? Et pour quel impact ? C’est tout l’objet du design biophilique. Une approche innovante qui gagne du terrain.

Un salarié satisfait est un salarié performant. Mais comment accroître son bien-être, sa productivité, sa motivation, sa créativité ? Parmi toutes les méthodes et autres boîtes à outils proposées par les spécialistes en management, un aspect est souvent oublié : son besoin inné de se connecter à la nature. Il est aujourd’hui au cœur des réflexions des experts en aménagement intérieur et, plus largement, des architectes.

Le sujet dépasse en effet le cadre du bureau : la place du citoyen, au cœur de villes bétonnées, fait, elle-aussi, débat. Ne s’est-il pas coupé, de manière draconienne, d’une source inépuisable de bien-être ? «Les pouvoirs de la nature sur l’homme sont importants et ils sont maintenant prouvés », explique la journaliste Pascale d’Erm.

Réalisatrice du documentaire Natura, diffusé fin 2018 sur Planète, cette spécialiste en environnement est allée en Suisse, aux Etats-Unis, au Canada ou encore en Suède à la rencontre de biologistes, médecins et chercheurs experts en science de la nature. Leurs études démontrent les bienfaits des espaces verts pour réduire le stress, renforcer notre système immunitaire naturel, lutter contre la fatigue mentale et restaurer nos capacités intellectuelles. Ainsi, alors que les Japonais pratiquent les bains de forêt à visée thérapeutique, une étude Suédoise a montré qu’en milieu hospitalier, des chambres avec vue sur les arbres permettaient aux patients de sortir plus vite de l’hôpital et avec moins d’antidouleurs.

De quoi revoir les politiques publiques d’aménagement du territoire ? « La société actuelle réintroduit la nature sous toute ses formes dans le quotidien comme par exemple dans les artères des villes avec les permis de végétaliser de la ville de Paris », note le cabinet d’architecture Arch.design évoquant un « néo-végétalisme » en référence à l’Art nouveau, cette période de la fin du XIX° siècle où, sur fond d’industrialisation massive, le végétalisme a envahi les arts, le mobilier, l’immobilier, les éclairages. Et force est de constater que la nature est dorénavant très présente dans les nouveaux projets architecturaux. À commencer par ceux du concours « Réinventer Paris ». L’un des lauréats, « Mille arbres » se présente ainsi comme une véritable forêt abritant un petit village flottant au-dessus du périphérique, avec ses logements, ses bureaux et son hôtel. Il verra le jour en 2022, avenue de la porte des Ternes.

La tendance est aussi à l’oeuvre en entreprise. La société Interface en a fait son sujet de prédilection. Très investi, de longue date, en matière de développement durable, ce leader mondial du revêtement de sol s’est rapproché en 2010 de Terrapin Bright Green, une société de conseil et d’aménagement à l’origine de deux études importantes sur ce sujet naissant : « l’Economie de la biophilie » (2012) et « 14 principes pour la conception biophilique » (2014). « Ensemble nous avons développé, avec succès, des produits inspirés du caractère aléatoire et de la variété des sols de la forêt, des dalles de moquette dont certaines semblent recouvertes de mousses ou de lichen», raconte Mickaël Cornou, Responsable Marketing d’Interface France.

Le design biophilique, théorisé par Terrapin Bright Green, s’intéresse en effet aux effets de la nature sur l’homme qu’il soit en contact avec elle, via des plantes de bureau par exemple ou via des analogies naturelles (revêtement de bois, meubles aux formes organiques, sols biomimétiques…). L’effet « bien-être » sera moindre dans le cas d’une référence ou d’une représentation, mais il n’est pas négligeable. L’accent est mis sur la présence de l’eau, de la lumière naturelle, sur la sollicitation des cinq sens et l’usage de couleurs rappelant la nature. Le design biophilique prend également en compte la nature de l’espace, soit les caractéristiques spatiales d’un environnement naturel. « La biophilie part du besoin inné de l’homme d’être connecté à la nature, explique Mickaël Cornou. Nos ancêtres se sentaient en effet plus tranquilles dans des endroits où la végétation et les éléments naturels étaient présents en abondance. C’était la garantie de pouvoir satisfaire leurs besoins en eau et en nourriture. De même, ils avaient besoin d’espaces sécurisés, d’un abri, mais aussi d’une vue plongeante sur un territoire, pour mieux repérer les animaux à chasser ou encore surveiller les prédateurs. Or nous conservons des traces psychologiques de cet instinct de survie dans nos environnements urbains même si nous n’avons plus à nous protéger et à chasser  comme nos ancêtres ».

C’est ainsi qu’un espace avec de nombreux éléments vivants, conçu pour donner une sensation de refuge et offrant une vue peut nous aider à nous sentir moins stressés et plus productifs. Inteface est allé jusqu’à quantifier cet impact dans une étude menée auprès de 7 600 travailleurs de 16 pays par Sir Cary Cooper, professeur de psychologie et de santé organisationnelles à l’Université Lancaster.

Résultat : les employés travaillant dans un milieu doté d’éléments naturels tels que la verdure et l’éclairage naturel notent une hausse de 15 % de leur sentiment de bien-être. Ils sont 6 % plus productifs et 15 % plus créatifs que ceux dont l’environnement en est dénué.

Un impact positif vérifié par les salariés d’Interface France installés depuis 2018 dans de nouveaux bureaux appliquant à la lettre les principes du design biophilique : mur de pierre, mur végétal, mur d’eau, passerelle transparente, lumière naturelle servie par de grandes fenêtres, vue sur l’horizon et les arbres parisiens, bande-son nature, mobilier en bois, espaces privés, moquette maison simulant des herbes sortant des pavés… « Selon une étude interne, ces bureaux augmentent de 43% le sentiment de bien-être des salariés, de 38% leur efficacité et de 57% leur motivation à venir travailler », commente Mickaël Cornou.

D’autres entreprises intègrent la démarche. Et non des moindres. Arnaud Ferrand, directeur de projet aménagement, design & bien-être chez ARP-Astrance, conseil en immobilier, travaille actuellement sur de nombreux projets biophiliques. Il voit cette approche gagner le marché français. « Le techno-centre de Renault en cours de rénovation ou encore le futur siège d’Orange qui s’installera en 2020 sur les bords de Seine, à Issy-les-Moulineaux, sont en plein dans cette démarche », indique-t-il. D’autant que d’autres acteurs poussent l’évolution du marché comme la certification américaine WELL Building StandardTM qui gagne en influence en France sous l’action notamment d’ARP-Astrance qui l’a présenté aux acteurs de l’immobilier. Lancée par  l’IWBI (International Well Building Institut), elle milite pour que les bâtiments soient développés en plaçant la santé et le bien-être de l’individu au centre de la conception.

Reste que la démarche est encore nouvelle et fragile. « Le budget « plantes » est celui qui est coupé en premier. Elles coûtent cher à entretenir », reconnaît Arnaud Ferrand. D’où l’intérêt d’avoir aujourd’hui des chiffres et des études montrant l’impact économique positif global d’une reconnexion à la nature. Et des guides, comme celui d’Interface, rappelant que toute entreprise, en fonction de son budget, peut appliquer la démarche. Enfin, mais cela va s’en dire : des plantes ne pourront rien changer en cas de management déficient ou inadapté. Une autre loi de la nature.

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