Histoire de l’apprentissage en France

par | 10 09 2018

 

12 min.

L’apprentissage occupe une place centrale dans la formation de la jeunesse française. Vecteur de transmission du savoir depuis des siècles, son rôle central est la longue histoire d’un vœu pieux malmené par le temps et des politiques contradictoires.

Il n’y a plus de corporation dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général.

Du moyen-âge à la Révolution

C’est au Xème siècle que des confréries de métiers apparaissent, les prémices des futures corporations se dessinent et augurent d’une organisation nouvelle dans le domaine professionnel.

Pendant deux siècles, cette nouvelle organisation va se développer et se doter lentement de réglementations internes et d’une reconnaissance de la part du pouvoir central incarné par le Roi. Les Maîtres prennent peu à peu la tête de ces corporations (d’abord appelées Jurandes) et imposent leur rôle central dans la transmission du savoir : la formation des artisans leur est confiée et l’appartenance à une corporation devient une condition obligatoire pour l’exercice de certains métiers.

Durant les XIIème et XIIIème siècles, des terminologies nouvelles apparaissent : apprentis, apprentissage… et en 1268, le « livre des métiers » est rédigé par le prévôt de Paris, Étienne Boileau. Dans cet ouvrage les règles gouvernant les corporations, les relations entre maîtres et apprentis, les modalités de fonctionnement de l’apprentissage, les contrats régissant l’apprentissage… en somme, toutes les règles gouvernant ce domaine d’activité sont institutionnalisées.

Nous vous invitons à regarder et écouter l’intervention de M. Patrick Boucheron, l’apprentissage à travers les âges, historien médiéviste et professeur au Collège de France (visible également plus bas dans cet article) : Vidéo

Le principe général de la relation Maître/Apprenti est établi ainsi :

  • Le maître dispense une formation professionnelle,
  • L’apprenti obéit à son maître,
  • Au-delà de la formation professionnelle, le maître dispense une éducation morale et spirituelle,
  • À 18 ans, l’apprenti devient compagnon et doit suivre plusieurs maîtres successifs et voyager pour terminer sa formation et la conclure par la réalisation d’un « chef d’œuvre ».

Ceux d’entre vous qui s’intéressent à cette question pourront trouver sur ce lien le corps du texte d’Étienne Boileau réédité.

Cette volonté de « cadrer », de façon précise et définie, l’apprentissage et le compagnonnage est, pour ses rédacteurs qui ne le savent pas encore, le point de départ de leur propre mort.

Rétrospectivement, cette volonté de création de corporation a eu pour effet pervers une lente dérive vers le corporatisme, que la Révolution ne manquera pas de balayer avec les autres reliques d’un monde passé.

C’est à partir du XVIIème siècle que cette dérive est mise véritablement aux jours, le mouvement compagnonnique a pris une véritable ampleur et les problèmes se font jour. Les tarifs pour suivre les formations des maîtres deviennent exorbitants, les passe-droits se multiplient donc et le niveau général des apprentis chute inexorablement.

Une nouvelle clause du statut des apprentis cristallise à elle seule ce corporatisme assumé : « L’apprenti doit être français et catholique ». Dès lors, le pouvoir royal ne peut plus laisser sans contrôle cette institution et va vouloir la réhabiliter.

Du mouvement des physiocrates, dirigé par François Quesnay, vont émergées des idées, aujourd’hui connues sous le nom de « libérales ». La liberté de commercer, de travailler et de produire va devenir un thème central pour toutes ces nouvelles philosophies et, dans ce contexte, le système corporatif va rapidement être attaqué. Jugé contre-productif et inadapté au développement économique, son inertie est pour beaucoup un frein à l’innovation, au progrès et à l’essor du capitalisme commercial qui devient l’obsession croissante de la bourgeoisie et du pouvoir royal.

Le premier coup sérieux porté au corporatisme l’est par Anne Robert Turgot. Nommé contrôleur général des Finances par Louis XVI en 1774, ce physiocrate convaincu a pour objectif de réorganiser et rationaliser les métiers en France. Sa doctrine prône la liberté d’exercice de toute profession, vecteur de prospérité pour le pays tout entier. L’édit qu’il rédige est signé par le roi le 5 février 1776 et suscite un accueil enthousiaste des partisans des « lumières », et à l’inverse, hostile de la part des interventionnistes. Le pouvoir des communautés de métiers est encore grand et l’influence de ce que l’on nomme aujourd’hui « lobbying » va sceller le sort de Turgot qui est remplacé rapidement par Necker qui s’empressera de rétablir les corporations dès sa nomination.

La Révolution Française

Mais le coup de grâce asséné au corporatisme, le sera par la Révolution. La convocation de États Généraux pour le 4 mai 1789 augure l’agonie du pouvoir royal. Les tensions qui émergent durant leur préparation opposent des travailleurs frustrés par l’échec des réformes de Turgot, et des corporations inquiètes de leur avenir.

La succession des évènements : réunion des États Généraux, création d’une Assemblée Nationale, Serment du Jeu de Paume et création de l’Assemblée Nationale Constituante va voir émerger un personnage : Isaac, René, Guy Le Chapelier. Durant la nuit du 4 août 1789, à l’instar de tous les privilèges, ceux des Maîtres et des Jurandes sont remis en question mais pas immédiatement visés.

La loi d’Allarde (décret du 17 mars) énonce : « Il est libre à toute personne de faire tel négoce ou d’exercer telle profession ou métier qu’elle trouvera bon ».

La patente, nouvel impôt général, se substitue aux droits perçus par le maîtres et les corporations pour entreprendre, leur privilège disparait : cette loi est considérée par nombre d’historiens comme l’acte de naissance de la liberté d’entreprendre, du libéralisme.

L’idée révolutionnaire, chère à Rousseau, qui place au-dessus de toute chose l’intérêt général est le linceul du corporatisme. Sur ce fondement, toute association ou groupement d’intérêt qui se situe entre le citoyen et la Représentation Nationale fait obstacle à l’expression de la volonté générale et doit donc disparaitre. La loi Le Chapelier des 14 et 17 juin 1791 interdit donc strictement les assemblées d’un même état ou profession : « il n’y a plus de corporation dans l’État ; il n’y a plus que l’intérêt particulier de chaque individu et l’intérêt général ».

De fait, la Loi Le Chapelier interdit l’existence de toute organisation professionnelle, patronale ou salariale. L’apprentissage est définitivement interdit et la constitution du 3 septembre 1791 énoncera clairement : « il n’y a plus ni jurandes, ni corporations de professions, arts et métiers ».

Le contrat d’apprentissage est celui par lequel un fabricant, un chef d’atelier ou un ouvrier s’oblige à enseigner la pratique de sa profession à une autre personne qui s’oblige, en retour, à travailler pour lui : le tout à des conditions et pendant un temps convenus.

Un lent retour de l’institution : le XIXème siècle

L’Empire va tenter de réhabiliter l’apprentissage par pragmatisme avec la loi du 22 germinal an XI (12 avril 1803), instaurant un rôle plus « professionnel » à l’employeur et le délestant de tout pouvoir éducatif envers son élève. Mais le régime Napoléonien ne poussera guère plus avant les débats sur le sujet.

Il faut attendre 1851 pour qu’un texte significatif en la matière soit voté. La loi du 28 février 1851 va instaurer un véritable contrat de travail en matière d’apprentissage. Son Article 1 stipule : « Le contrat d’apprentissage est celui par lequel un fabricant, un chef d’atelier ou un ouvrier s’oblige à enseigner la pratique de sa profession à une autre personne qui s’oblige, en retour, à travailler pour lui : le tout à des conditions et pendant un temps convenus ». Les avancées sociales du texte sont pour l’époque considérables :

  • Le contrat doit prévoir les modalités de logement de nourriture et de prix,
  • Le contrat est écrit et signé par l’apprenti,
  • La durée de travail des apprentis de moins de quatorze ans ne peut excéder 10 heures par jour,
  • Le travail dominical ne peut être qu’exceptionnel,
  • Les travaux trop pénibles pour les enfants sont proscrits.

En outre, le texte contient toute une partie morale imposant aux Maîtres d’apporter culture et éducation à l’apprenti, le respect des bonnes mœurs est exigé (ainsi une apprentie mineure ne saurait être logée chez un Maître célibataire), les conditions de travail s’améliorent pour toute une partie de la jeunesse qui n’a d’autre choix que le travail.

Loin d’être parfaite cette loi va régir longtemps l’apprentissage et aura le mérite de réglementer l’institution et de bannir en partie les abus, en tous cas de les limiter.

Il faut attendre la loi du 19 mai 1874 pour voir l’apprentissage limité aux enfants de plus de douze ans ayant suivi une scolarité (scolarité, dont le contexte n’est d’ailleurs pas clairement défini). De plus, un corps spécial chargé du contrôle du respect des lois en matière d’apprentissage est créé : il est l’ancêtre de l’Inspection du Travail.

1880 est une année charnière car elle voit naître les « cours d’enseignement professionnel », dispensé dans les écoles publiques : c’est l’acte de naissance d’une école d’apprentissage publique. En parallèle, la loi du 16 juin 1881 impose la scolarité jusqu’à l’âge de 12 ans (en accord avec la loi de 1874 interdisant le travail avant 12 ans), dès l’année suivante l’âge sera porté à 13 ans.

Un siècle de construction : le XXème siècle

La première moitié du XXème siècle : une difficile mise en place

Au tout début de ce nouveau siècle (27 décembre 1900), une loi confie au ministère du Commerce et de l’industrie tous les établissements techniques et professionnels créés en 1880.

Les lettres de noblesse de l’apprentissage s’écrivent en 1910 avec l’inscription de la loi du 22 février 1851 (cf infra) au Livre Premier du Code du Travail (articles 1 à 18). Une année plus tard, la création du Certificat de Capacité Professionnelle qui deviendra le Certificat d’Aptitude Professionnel (CAP) offre une reconnaissance sociale et professionnelle à son détenteur.

Mais ce début de siècle est surtout marqué par des phénomènes de transformation profonde de l’organisation du travail (mécanisation et concentration industrielle) et des besoins de qualifications et de main d’œuvre inhérentes à cette industrie dans de nombreux secteurs (textile, mécanique, chemin de fer). La demande en matière de recrutement et de formation grandit de façon exponentielle et il devient absolument impérieux de créer un système de formation des ouvriers dans un monde en pleine mutation. Transformer les outils de travail et la formation des hommes les utilisant est l’enjeu de ce siècle naissant.

L’éclatement de la Première Guerre Mondiale va retarder la législation sur ce sujet mais dans un même temps décupler son importance et sa symbolique. Au sortir de cette guerre, le pays est exsangue, les pertes humaines considérables sont un frein au développement et à la reconstruction du pays. Réformer le système éducatif est une nécessité absolue et l’enseignement technique va bénéficier avec l’enseignement « traditionnel » de la révolution culturelle de l’entre-deux guerres.

La loi Astier, promulguée le 25 juillet 1919, marque un tournant décisif en posant de nouveaux principes forts :

  • Un enseignement professionnel de masse,
  • La gratuité de cet enseignement,
  • Le caractère obligatoire de celui-ci.

C’est la première grande réforme du système de l’apprentissage, il développe la création des écoles d’enseignement technique en l’appliquant à toutes les communes et, surtout, instaure l’obligation de cours professionnels pour « les jeunes gens et les jeunes filles de moins de 18 ans, qui sont employés dans le commerce et l’industrie ». La formation prodiguée par ces établissements l’est, pour une durée de trois ans, et est sanctionnée par le CAP (certificat d’aptitude professionnelle), créé en 1911.

Avec ce texte sont posés les jalons de ce que va être l’enseignement technique et professionnel pour les quarante années à venir. L’année suivante, toute cette branche de formation revient sous l’autorité du Ministère de l’Instruction Publique, revenant ainsi sur la loi de 1900.

La création de la Taxe d’Apprentissage par la loi du 13 juillet 1925  est l’acte qui pérennise le système imaginé par la Loi Astier. Représentant 0,2 % de la masse salariale de toute activité industrielle, commerciale ou artisanale, elle doit être versée par l’entreprise à l’établissement de formation de son choix. L’État n’est donc plus le seul contributeur à cette formation professionnelle et son existence souligne la réussite de la réforme et son intérêt pour toute une économie industrielle en plein développement.

Depuis le XIXème siècle, les Chambres de Métier se multiplient en France de façon anarchique et désorganisée, sous l’égide de corps de métiers influents en diverses régions et villes du territoire. La loi du 26 juillet 1925 va les « officialiser » en définissant clairement leur rôle : « organiser l’apprentissage des métiers dans les conditions qui seront fixées par une loi spéciale ».

En 1936, l’école devient obligatoire jusqu’à 13 ans : le Front Populaire légifère alors pour des évolutions sociales générales.

Les travaux préparatoires réalisés par messieurs Walter et Paulin pendant près de 5 ans portent leurs fruits et donnent leurs noms à la Loi du 10 mars 1937. Celle-ci va mettre en place de grandes nouveautés sous l’égide des fraîchement créées Chambre de métier :

  • La durée de l’apprentissage doit être fixée à la signature du contrat.
  • Le contrat d’apprentissage doit être enregistré en Chambre de Métier.
  • Un examen de fin d’apprentissage doit être organisé par les Chambres de Métier : l’EFAA (Examen de Fin d’Apprentissage Artisanal).
  • La formation du jeune doit être suivie par un livret d’assiduité.
  • Un corps d’inspecteurs de l’apprentissage est organisé au sein des Chambres de Métier.
  • Les Chambres de Métier ont la possibilité de créer des centres de cours professionnels et d’orientation.
  • Le maître d’apprentissage doit être titulaire du brevet de maîtrise, diplôme le plus élevé des Chambres de Métier.
  • La visite médicale d’embauche est obligatoire et doit être accompagnée d’un examen psychotechnique.

Enfin et surtout la loi vise à obliger les entreprises à embaucher des apprentis en fonction de critères tels que le nombre total de salariés.

Malheureusement, l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale va mettre entre parenthèses toutes ces évolutions. Le régime de Vichy légifèrera pourtant dans ce domaine mais, avec l’ensemble de ses autres textes, toute la législation de cette période sera annulée à la Libération.

Les textes successifs de cette première moitié de siècle n’ont finalement engendré qu’un effet pervers, à vouloir intégrer ces jeunes dans le monde professionnel, l’État n’a, en fin de compte, créé que de nouveaux ouvriers qui s’ajoutent aux autres, ne leur a pas permis d’acquérir l’élévation sociale qu’il appelait de ses vœux ; les conditions de travail des apprentis sont semblables à celles de la main d’œuvre ouvrière non qualifiée, et finalement, plus rien ne les distingue de la triste condition d’ouvrier.

La loi Haby de 1975 complètera ce travail de dédiabolisation de l’enseignement technique en créant le fameux « Collège Unique » mettant fin aux orientations hasardeuses précoces des élèves.

La loi Haby de 1975 complètera ce travail de dédiabolisation de l’enseignement technique en créant le fameux « Collège Unique » mettant fin aux orientations hasardeuses précoces des élèves.

La seconde moitié du XXème siècle : l’apprentissage et l’alternance s’imposent dans le système éducatif français

Cette seconde moitié de XXème siècle va, comme sur nombre d’autres sujets, voir se succéder une véritable « inflation législative » en matière d’apprentissage. Certains diront que cette boulimie de réformes est le miroir des échecs successifs, d’autres qu’elle est la preuve de la réactivité du pouvoir législatif sur les besoins de la Société, toujours est-il que, en ce domaine au moins, sans être ni suffisamment efficace, ni suffisamment rapide, le législateur a su faire évoluer et perdurer un système éducatif dont beaucoup prévoyait l’extinction.

La loi du 21 février 1949 créé un véritable statut des centres d’apprentissage en alignant son organisation sur les normes de l’Éducation Nationale. Ces centres sont désormais des établissements d’enseignement technique chargés de former des ouvriers et des employés qualifiés. Le recrutement se fait à l’âge de 14 ans, la durée des études est fixée à 3 ans et est finalement sanctionnée par le diplôme du CAP.

La création de la terminologie Brevet de Technicien a lieu en 1952 et, en 1953, un règlement général des CAP industriels est rendu officiel. Les examens sont organisés par académie, la nature, la durée et les coefficients des épreuves sont fixés au niveau national dans le cadre de la Commission professionnelle consultative.

Dans les années 50, les centres d’apprentissage triplent leurs effectifs : une réussite du système semble poindre, et le succès perdure pendant les années 60… Ce relatif succès se manifeste par un changement de terminologie qui pérennise et « dépéjorativise » le secteur : le Collège Technique devient Lycée Technique, les élèves reçoivent le titre de technicien à la fin de leurs études, le Brevet de Technicien Supérieur est créé en 1962, un baccalauréat technique est créé en 1965, enfin, en 1971, l’enseignement technique se meut en enseignement technologique. La loi Haby de 1975 complètera ce travail de dédiabolisation de l’enseignement technique en créant le fameux « Collège Unique » mettant fin aux orientations hasardeuses précoces des élèves, l’objectif clair de cette réforme est la diminution des inégalités sociales.

En 1968, la scolarité est rendue obligatoire jusqu’à l’âge de 16 ans.

À cette époque, la France compte 350 000 apprentis…

La loi Guichard du 16 juillet 1971 va encadrer strictement et précisément le Contrat d’Apprentissage et le doter pour la première fois d’un véritable statut :

  • Il doit obligatoirement être passé par écrit.
  • L’apprentissage se définit comme une « forme d’éducation  » donnée aux jeunes ayant satisfait à l’obligation scolaire et sanctionnée par un diplôme de l’enseignement technologique après 2 ou 3 ans de formation assurée en partie dans l’entreprise et en partie dans des Centres de Formation des Apprentis (CFA).

Peu à peu, les étudiants en secteur technique se voient assimilés dans leur statut aux autres étudiants : le statut d’apprenti est assimilé à un statut scolaire et, en 1978, une carte d’étudiant en apprentissage est créée, offrant enfin des droits à cette tranche d’élèves, gommant enfin un peu de leur « différence ». Un objectif majeur motive les politiques : transformer la façon dont le secteur est perçu par le public.

L’alternance va, durant les années 80, devenir le nouveau chantier du Gouvernement. La volonté générale est la valorisation de l’enseignement professionnel.

Dans le cadre de cette dynamique, une loi de septembre 1982 va réorganiser la scolarité pour la préparation du CAP :

  • Les 2 premières années ne constituent plus une orientation définitive
  • Un choix d’orientation est possible en fin de ces deux années de cursus :
    • Entrer en 3ème année de CAP,
    • Entrer en 1ère année de BEP,
    • Ou entrer en seconde de l’enseignement général.

La loi de décentralisation et de régionalisation dite Deferre du 17 janvier 1983 va bouleverser le régime de l’apprentissage en transférant la compétence de l’État (Éducation Nationale) vers celle des Conseils Régionaux. Un Fonds Régional de l’Apprentissage et de la Formation Professionnelle (FRAFP) est créé dans chaque région de France.

Malheureusement, toutes ces mesures en faveur de l’apprentissage n’obtiennent que de faibles résultats sur le terrain aussi, l’alternance, dont les chiffres semblent engendrer des résultats particuliers bien plus prometteurs, va devenir le nouveau cheval de bataille de l’Administration française.

Ainsi, la Loi Séguin du 23 juillet 1987 va organiser un système de formation en alternance avec une classification par filière. Désormais, l’apprenti peut avoir jusqu’à 25 ans lors de la signature du contrat d’apprentissage contre 20 ans auparavant. De plus, les CFA peuvent organiser des formations autres que les seul CAP de niveau V et les apprentis peuvent signer plusieurs contrats successifs. Une véritable filière de la formation alternée est organisée sous la tutelle des Conseils Régionaux, parallèlement au système de formation continue de l’état (Éducation Nationale). La loi prévoit en outre de nombreuses mesures d’incitation des entreprises à la signature de contrats en alternance. Des agréments pour accueillir des apprentis doivent être demandés et motivés, la Région accorde ces agréments sur dossier en fonction de critères précis, de l’existence de maîtres d’apprentissage dans l’entreprise, de garantie de pérennité de celle-ci…

Un schéma se dessine donc clairement : l’Éducation Nationale chapeaute la formation continue, les régions gèrent les formations en alternance.

La loi du 27 juillet 1992 (Martine Aubry) renforce la loi de 1987, vise à améliorer la situation de l’apprenti, accorde l’agrément à l’entreprise au lieu du maître d’apprentissage, mais surtout, elle ouvre l’apprentissage aux services publics : les gouvernements successifs vont d’ailleurs énormément communiquer sur le nombre d’apprentis au sein de leurs diverses administrations et se féliciter de la diversité des secteurs professionnels auxquels l’apprentissage peut former.

En 2008, la France compte 427 000 apprentis…

Il faudra attendre 10 ans et la loi du 17 janvier 2002 pour se rendre compte du relatif échec de toutes ces dispositions. Cette réforme d’envergure a pour objectifs de permettre aux régions de mieux coordonner le développement de cette voie de formation initiale, de réduire les inégalités de ressources entre les Centres de formation d’apprentis et d’introduire plus de transparence dans la collecte de la taxe d’apprentissage. Complétée par la Loi Borloo de 2005, un objectif est clairement défini : atteindre le chiffre de 500 000 apprentis avant l’année 2009. De très nombreuses entreprises, parmi lesquelles plusieurs cotées au CAC 40, prennent des engagements clairs de promotion de ce mode de recrutement. La cruelle histoire de ce secteur donnera tort à tous ses réformateurs, à ce jour, cet objectif n’a toujours pas été atteint…

La loi de programmation sur la cohésion sociale du 18 janvier 2005 a pour objectif le renforcement de l’attractivité de l’apprentissage auprès des jeunes et de leur famille mais plus principalement auprès des entreprises en instaurant notamment un crédit d’impôt pour les employeurs. En outre, le contrat d’apprentissage est sécurisé en matière de rémunération et renforcé en matière de sécurité contractuelle.

Une des mesures phares qui va être mise en place est de ne plus soumettre à l’impôt sur le revenu, les revenus issus de l’apprentissage y compris pour les bénéficiaires figurant encore sur la déclaration fiscale de leurs parents. Cette mesure d’incitation fiscale est une fois de plus motivée par le besoin d’améliorer la vision « péjorative » de toute une classe de population sur ce type de formation. De surcroit, elle protège les jeunes entrant sur le marché du travail d’une pression fiscale dès leur entrée dans la vie active.

La loi du 5 mars 2014 va, une fois de plus, avoir pour ambition de réformer l’apprentissage dans sa globalité. L’apprentissage, délaissé depuis le relatif succès de l’alternance redevient un objectif pour le Gouvernement. Elle instaure :

  • La gratuité globale du contrat d’apprentissage,
  • Instaure la possibilité de conclure un contrat d’apprentissage pour une durée limitée ou illimitée,
  • Prévoit une possibilité d’entrée en formation possible avant l’âge de 15 ans,
  • Réforme l’organisation des organismes collecteurs de la Taxe d’Apprentissage ainsi que la répartition de cette taxe.

Enfin, la Loi Travail dite loi El Khomri du 8 aout 2016 va institutionnaliser et généraliser le recours aux contrats d’apprentissage pour tous les établissements publics dans des conditions semblables à celles du secteur privé.

Au 31 décembre 2016, la France comptait 412 437 apprentis…

Il est intéressant de noter que la volonté du gouvernement en matière de promotion de l’apprentissage se matérialise par une communication de plus en plus importante sur les sites internet officiels. Par ce vecteur moderne, l’État montre sa détermination et s’adresse aux jeunes d’une part mais aussi aux parents de tous ces jeunes pour apporter des réponses claires et précises sur leurs interrogations légitimes. Vous trouverez ci-après les sites institutionnels en question :

Site du ministère de l’éducation : le plus complet rapport statistique et réglementaire sur le sujet est publié par le site internet du gouvernement.

Conclusion

L’histoire de l’apprentissage est donc tumultueuse et faite de réactions aux évènements conjoncturelles de l’Histoire. Malheureusement ceux-ci ont toujours semblé couper les élans de réforme (la Révolution, les guerres mondiales, les crises économiques …). Le sort, tout autant que la manifeste incapacité des gouvernements successifs à aménager un terrain propice à son essor, semble s’acharner sur ce secteur d’activité.

L’évolution de celui-ci est lente, bien trop lente au regard des enjeux qu’elle synthétise, mais la courbe reste croissante depuis quelques décennies. Le pari de miser sur ce type de formation semble payant, depuis 1994-1995, le « dossier » avance.

L’enseignement technique et professionnel a su se transformer et surtout, selon nous, amorcer une transformation décisive et vectrice de réussite : changer la vision de cette branche de l’éducation. Les jeunes n’entrent désormais plus dans cette voie par défaut.

En tant que parent, j’entends enfin aujourd’hui des professeurs de collège et de lycée promouvoir ce type de formation. L’apprentissage n’est plus désormais seulement brandi comme une menace que nous avons malheureusement trop entendu durant nos scolarités respectives. Il n’est plus (ou tend à ne plus être) un symbole d’échec scolaire, mais une voie alternative de réussite en parallèle de la voie que d’aucun juge « traditionnelle ».

Pour OCM, la mutation des mentalités est essentielle au succès de l’apprentissage, et ce pari semble petit à petit être gagné. Moins péjoratif, le Bac G de Michel Sardou, « le bac à bon marché », s’oublie progressivement au profit d’une réalité : le cursus traditionnel, sans être dans sa globalité critiquable, n’est plus la seule voie de réussite ; la formation de tous ces jeunes est créatrice d’emploi, de reconnaissance sociale et devrait être une fierté pour notre pays.

Cependant, une question demeure, pourquoi la réussite de cette branche de formation est-elle, en France, bien moins performante qu’en Allemagne et en Suisse. Nous vous invitons à lire les articles OCM traitant de ces sujets.

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