Vision à court-terme, échec à long-terme

par | 17 12 2018

Dossier long-termisme par OCM

 

05 min.

Le diktat des marchés financiers a imposé aux entreprises une vision à court-terme dont les conséquences nuisent à leur pérennité même. Une situation qui suscite de plus en plus de critiques…

Les prévisions de résultats trimestriels attiraient souvent l’attention de façon malsaine sur les bénéfices à court-terme au détriment de la stratégie, de la croissance et de la pérennité sur le long-terme 

« Par expérience nous avons constaté que les prévisions de résultats trimestriels attiraient souvent l’attention de façon malsaine sur les bénéfices à court-terme au détriment de la stratégie, de la croissance et de la pérennité sur le long-terme ». La critique est d’autant plus notable qu’elle provient de deux sommités de la finance : le milliardaire Warren Buffett, patron du fonds d’investissement Berkshire Hathaway, et Jamie Dimon, président de la banque d’affaires JPMorgan Chase. Tous deux se sont fendus, avec près de 200 autres dirigeants, d’une tribune publiée le 6 juin 2018 dans le Wall Street Journal pour appeler les entreprises à cesser d’annoncer des prévisions pour leurs résultats trimestriels. « La pression pour atteindre les estimations de résultats à court-terme participe au recul du nombre de sociétés cotées aux États-Unis depuis deux décennies », soulignent Warren Buffett et Jamie Dimon.

La financiarisation de l’économie 

Le coupable est clairement désigné, notamment depuis la crise de 2008 : la financiarisation de l’économie. La journaliste Christine Kerdellant, auteur de l’ouvrage « Le suicide du capitalisme » (Robert Laffont – 2018), est encore plus alarmiste : « Nous fonçons dans le mur en klaxonnant ». Pour la directrice de la rédaction de L’Usine nouvelle, « le jour où le dirigeant est passé dans la caste des actionnaires, via stock-options, etc., il a fait passer leurs intérêts avant celui de l’entreprise. Il s’est désolidarisé des salariés. L’entreprise est donc devenue financière, et non plus entrepreneuriale (…) la finance actuelle est mue par un appétit de rendements délirants, court-termistes, irréalistes et donc irresponsables et criminels ».

La sentence est sans appel et menacerait même l’équilibre de nos sociétés en favorisant la colère sociale et le populisme. Or, les politiques eux-mêmes semblent de plus en plus régis par la loi du court-terme. Le Général Soubelet titrait ainsi en juin dernier une tribune publiée dans Le Figaro : « Privatisations : quand l’État-stratège démissionne au profit de l’État-comptable ». Commentant l’annonce de la privatisation d’ADP ou de la Française des jeux, le militaire, connu pour avoir publiquement jugé la politique de lutte contre la délinquance « incohérente » et « inadaptée », regrettait que les politiques étaient « guidés par des raisonnements comptables qui sacrifient le long-terme au profit de gains financiers ou électoraux immédiats ».

Des chercheurs de l’université d’Oxford ont ainsi démontré que 80% des études concluaient qu’une approche socialement responsable contribue positivement à la performance financière

L’essor de l’investissement responsable

Côté entreprise, un début de réponse pourrait entre autres venir de l’ISR (investissement socialement responsable). Optimisant l’allocation d’actifs, non plus seulement sur la base de critères financiers, mais aussi en fonction des préoccupations sociales, environnementales et de gouvernance, l’ISR privilégie une démarche d’analyse et de valorisation des éléments extra-financiers et d’actions à long-terme. Des chercheurs de l’université d’Oxford ont ainsi démontré que 80% des études concluaient qu’une approche socialement responsable contribue positivement à la performance financière[1] . Bien qu’encore méconnu du grand public, ce type d’investissement se développe : sur les cinq premiers mois de l’année, les fonds ISR commercialisés en France ont affiché une collecte nette de 15 milliards d’euros contre 32,7 milliards sur l’ensemble de l’année 2017.

 

[1] Clark, Gordon L. & Feiner, Andreas & Viehs, Michael, «From the stockholder to the stakeholder : how sustainability can drive financial outperformance» – mars 2015.

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