Flexisécurité : l’exemple danois

par | 26 02 2019

 

05 min.

Toute l’alchimie de la flexisécurité repose sur un équilibre entre une volonté politique, un dynamisme des entreprises et une confiance des salariés.

Le terme « flexisécurité » est un néologisme né de la contraction des mots flexibilité et sécurité. Il désigne un système de gouvernance d’entreprise offrant à la fois davantage de flexibilité aux entreprises pour licencier leurs employés, et plus de sécurité aux salariés qui se voient attribuer plus d’indemnités de chômage sur une plus longue période.

Les partisans de ce type de mécanisme social vantent la possibilité offerte aux entreprises d’embaucher facilement durant les périodes où elles en ont besoin, tout en restant sereines sur leurs possibilités de se séparer de leur personnel en cas de baisse d’activité. De leur côté, les salariés sont plus enclins à accepter des contrats de travail temporaires dont ils connaissent à l’avance les avantageuses indemnités de chômage et la facilité offerte par un tel système à retrouver un autre emploi par la suite.

Toute l’alchimie de la flexisécurité repose sur un équilibre entre une volonté politique, un dynamisme des entreprises et une confiance des salariés.

Origine de la flexisécurité

Le concept de « flexisécurité » trouve son origine dans une note du ministre du travail néerlandais Ad Melkert (en 1995), intitulée « Flexibiliteit en zekerheid ».

En 1999, la loi néerlandaise « flexibilité et sécurité » vient concrétiser le principe en facilitant le recours aux contrats de travail temporaires par les entreprises et en conférant à tous les types de contrats de travail les mêmes droits en matière de sécurité sociale.

Bien que moins ancienne, l’expérience danoise est néanmoins considérée comme la référence dans ce domaine. Au Danemark, la notion de « flexisécurité » est mentionnée pour la première fois dans une publication de 1999 du Ministère du Travail dans laquelle est décrit un mécanisme basé sur les trois axes majeurs suivants :

  • des règles de licenciement souples engendrant une grande flexibilité du marché du travail ;
  • un système d’indemnisation généreux des chômeurs ;
  • une politique active de l’emploi orientée vers la motivation des chômeurs à retrouver le chemin du travail. 

Récent, le mécanisme de flexisécurité tend à se développer dans d’autres pays de l’Union Européenne. Le Danemark reste cependant un modèle à analyser. 

En 1993, le taux de chômage s’élevait à 12.5%. En novembre 2018, il avait drastiquement baissé pour atteindre le chiffre de 4.9% ! Quel que soit l’avis porté sur la flexibilité, il est indéniable que ce système a bouleversé le marché du travail danois.

Les raisons du succès Danois

Le modèle danois de flexisécurité repose sur six piliers stables et inscrits dans un temps long, sans réformes constantes et anarchiques perpétuelles aux grés des changements de majorité politique :

  • un centralisation des organismes de l’emploi et de l’aide sociale sous un seul ministère ;
  • un Code du travail très allégé ;
  • des procédures de licenciement très simplifiées pour les entreprises ;
  • un dialogue social développé entre patronat et syndicats puissants ;
  • une prise en charge des salariés par l’État en cas de chômage dans des conditions avantageuses ;
  • de fortes incitations à reprendre un emploi pour le chômeur (obligations de formation, suivi, sanctions financières, etc.). 

Avantages et inconvénients du mécanisme de flexisécurité

Les partisans de ce modèle louent l’impact positif de la flexibilité comme levier de productivité du travail. Selon ses défenseurs, le système éviterait que certains salariés soient sous-employés, et, engendrerait, d’autre-part, une meilleure adaptation des besoins de main d’œuvre à la production. Dans un cercle vertueux, c’est donc cette adaptabilité du marché du travail à la demande des entreprises qui en ferait donc toute la richesse et le bénéfice.

Mais cette vision idyllique, comme souvent dans les grands principes économiques, cachent une réalité factuelle qui ne peut être ignorée :

  • la flexibilité permet une meilleure circulation des travailleurs d’un secteur à l’autre ce qui favorise le redéploiement des capacités productives pour l’innovation (théorie du déversement). Mais cette circulation en fonction des besoins du marché est elle-même génératrice de perte de compétence (thème cher à l’Observatoire OCM), les salariés devant sans cesse, dans cette logique, changer de domaine d’activité ;
  • la flexibilité quantitative inciterait les entreprises à créer des emplois, mais, par essence, cette création se focalise sur des emplois précaires, non pérennes et s’inscrivant dans une vision court-termiste de réponse immédiate à des besoins sans planification réfléchie ;
  • la flexibilité devrait, par effet de transfert, engendrer une hausse de la consommation des salariés plus confiants, mais, la précarisation du travail peut avoir des effets néfastes sur la croissance car elle incite les individus à épargner par précaution et à peu consommer et investir.

Un système qui fait des émules

Allemagne, Danemark, Espagne, Italie, Royaume-Uni, Suède… tous ces États adoptent, progressivement et à des niveaux différents, ce système, avec des résultats qui, en grande majorité, montrent une baisse notable du chômage mais une précarisation de l’emploi.

Certains pays, améliorent encore le raisonnement en perfectionnant l’accès à la formation professionnelle. Ainsi,  les pays du Nord (Danemark, Suède) ont su intégrer le principe d’une « seconde chance » d’accès à la qualification reconnue : leur appareil éducatif comporte une véritable dimension « d’éducation permanente » ouverte à tous les adultes en cours de vie active, et largement mobilisée dans les parcours individuels.

Un effet collatéral bénéfique se produit même : la flexisécurité permettant aux salariés de quitter une entreprise lorsqu’elle ne leur offre plus les conditions de travail ou l’expérience attendues, les entreprises elles-mêmes sont mécaniquement tenues désormais d’offrir à ses « salariés nomades » des opportunités de parcours professionnel, et des conditions de travail et de motivation de plus en plus qualitatives pour espérer conserver les talents.

Et la France dans tout ça ?

Instaurer la flexisécurité, pour redresser la France, était une des promesses du programme électoral d’Emmanuel Macron. Un grand nombre de français parait prêt aujourd’hui à soutenir cette ambitieuse réforme. Mais la France a-t-elle les moyens pour instaurer ce nouveau système ?

En effet, ce mécanisme, pour fonctionner, doit s’appuyer sur plusieurs éléments forts :

  • un État dont les finances permettent la rémunération à revenu fort de ses chômeurs, et sur ce point, l’endettement chronique de la France peut être un réel frein ;
  • une refonte de la formation professionnelle qui, nous l’avons vu, est un préalable indispensable pour une réussite du projet. La France sur ce point est encore en retard dans la mise en place d’une politique volontaire et efficace ;
  • une reforme menée sur le long-terme, ce qui implique, confiance dans un objectif commun, patience quant à l’obtention de résultats et persévérance dans les moyens d’y parvenir. 

L’absence, d’un de ses paramètres risque de ne transformer la réforme qu’en une gigantesque machine à créer de l’aberration sociale… une course en avant néfaste et socialement désastreuse.

Une nécessaire refonte profonde est donc primordiale pour la réussite d’un tel projet novateur, la révolution doit se placer à un niveau socio-culturel dont nous savons les français peu enclins ! Les évènements de ces derniers temps et le climat de défiance envers les institutions augurent que cette refonte risque de se heurter à des freins psychologiques et sociétaux profonds.

L’observatoire OCM, tout autant qu’il déplore une certaine forme d’inertie politique sur nombre de sujets, déplore dans les mêmes proportions cette même inertie exprimée par un peuple apeuré par toutes réformes globales.

 

À lire également :  notre Dossier sur le long termisme

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