Intelligence Artificielle : ces métiers qui font de la résistance

par | 11 12 2018

 

05 min.

Qu’elle enthousiasme ou effraie, l’intelligence artificielle pose la question de l’avenir du travail. La substitution de l’homme par la machine poursuit inéluctablement sa marche. Pour autant, nombre de tâches restent encore inaccessibles aux algorithmes, et pour longtemps.

Le 15 octobre 2018, le prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) annonçait la création à Boston d’une nouvelle faculté dédiée à l’intelligence artificielle appliquée à toutes les disciplines. Le même jour, le Français Atos, spécialiste de la transformation numérique, et Google Cloud, la plateforme de cloud computing du géant américain, inauguraient leur premier laboratoire d’intelligence artificielle commun à Londres. Initiatives académiques ou industrielles, conférences et débats, articles dans la presse… l’IA (intelligence artificielle) est l’objet de toutes les attentions.

Entre ses contempteurs qui en ont une vision négative et dystopique et ses thuriféraires qui portent un discours positif voire idéaliste sur cette technologie visant à permettre à des algorithmes d’imiter une forme d’intelligence humaine, l’IA pose d’innombrables questions sur le rapport de l’homme à la machine.

Forte des importants progrès réalisés ces dernières années grâce notamment au développement informatique de réseaux de neurones artificiels, cette technologie est désormais capable d’un véritable apprentissage. L’IA voit aujourd’hui son champ d’application s’étendre, de la reconnaissance vocale, d’image ou d’écriture aux véhicules autonomes en passant par le traitement du langage naturel. Elle se matérialise d’ores et déjà dans notre quotidien au travers de simples chatbots (assistants conversationnels virtuels) mais aussi de systèmes de gestion de fonds automatique en finance, d’aide au diagnostic en médecine, d’évaluation des risques dans le domaine des prêts bancaires ou des assurances, etc…

Un mouvement inéluctable

Mais l’intelligence artificielle ira-t-elle jusqu’à supplanter l’homme ? Parmi les craintes qu’elle suscite, celle liée à la destruction massive d’emplois n’est pas la moindre et fait régulièrement la « une » des médias. Les études sur le sujet prévoient en effet de profonds bouleversements. Celle du cabinet McKinsey publiée en novembre 2017 estime ainsi que 60% des métiers actuels comportent au moins 30% de tâches qui pourraient être automatisées via l’IA. Selon un scénario médian du cabinet américain, 15% des emplois dans le monde soit 400 millions de postes pourraient être déplacés du fait de l’automatisation et de l’IA d’ici 2030.

Un mouvement inéluctable d’après Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, respectivement directeur et directeur de recherche scientifique du Center for Digital au MIT, qui prévoient dans leur dernier ouvrage « Des machines, des plateformes et des foules » publié en mars 2018 (Éditions Odile Jacob) une nouvelle distribution entre l’esprit humain et la machine qui doit être repensée pour inventer de nouvelles collaborations.

L’IA forte n’est pas pour demain

Pourtant, tous les métiers, tous les savoir-faire, ne sont pas logés à la même enseigne face à cette mutation annoncée. Si les chauffeurs de taxi, les conducteurs de poids lourds, les standardistes, les comptables, les employés des fast food, les opérateurs en centres logistiques ou encore les agents administratifs seront certainement les premiers à voir leurs postes menacés par l’IA, certaines activités seront préservées à moyen voire à long terme. Le temps en effet que les progrès de la science permettent d’atteindre un niveau d’intelligence artificielle, si ce n’est forte autrement dit identique à la nôtre avec une conscience et capable d’émotion, mais au moins suffisamment avancée.

« Les robots sont encore très loin d’avoir la dextérité de la main humaine. De même, l’IA aujourd’hui est incapable de gérer et d’apprendre à partir de petits volumes de données. Enfin, elle n’est pas en mesure d’appréhender la transversalité et la multidisciplinarité », lance Laurent Alexandre, dirigeant de DNA Vision, société de séquençage d’ADN, et auteur de « La guerre des intelligences. Intelligence artificielle versus intelligence humaine » (JC Lattès, 2017). « Aujourd’hui, à contre-courant de ce qu’on nous rabâche, le bon choix pour s’investir dans une activité pérenne est clairement de fuir le big data, en somme d’aller là où il y a peu de monde, peu de concurrence », poursuit-il.

La puissance de la créativité

Deux univers de compétences semblent pour l’instant préservés : certaines fonctions de management ou de conseil et les métiers créatifs. « Le management ou le conseil confronté à des situations de « problem solving » avec peu de données reste de loin l’apanage du cerveau biologique dont le propre est justement de savoir faire des raccourcis intellectuels pour prendre une décision, ce dont est incapable l’IA aujourd’hui et d’ici au moins les vingt prochaines années », assure Laurent Alexandre.

Quant aux métiers de la création, du moment qu’ils visent un haut niveau de créativité comme dans l’art et la cuisine ou de savoir-faire manuel comme dans l’artisanat, ils peuvent encore compter de beaux jours devant eux. Les métiers d’art (ébéniste, souffleur de verre, restaurateur d’œuvres d’art, brodeur, chapelier, luthier…) ne font guère bon ménage avec les robots.

Dans l’univers de la maroquinerie par exemple, c’est à « l’oreille » qu’un artisan frappe au marteau des têtes de clou pour leur donner la forme idéale. Le « coupeur » lui évalue la qualité de grain d’une peau « du plat de la main ». L’expérience donc, mais aussi cette capacité à prendre une décision très intuitive offrent encore les meilleurs garde-fous contre une éventuelle toute puissance de l’IA.

L’intelligence artificielle aujourd’hui : 

L’analyse de données non structurées (capacité à analyser des données représentées ou stockées sans format prédéfini, constituées de texte brut, de dates, de nombres et de faits)

Le traitement naturel du langage et la reconnaissance vocale (dictée vocale, interfaces conversationnelles, pilotage de différents dispositifs à la voix…)

La reconnaissance d’image (meilleure identification et analyse des images stockées)

Le contrôle gestuel (pilotage de terminaux connectés et de jeux vidéo en remplacement du pilotage tactile)

Les assistants virtuels (logiciel effectuant des tâches via la reconnaissance vocale et textuelle. Ex. : Siri)

Les chatbots (automatisation de l’accueil et de l’assistance des clients en ligne)

Les smart robots (robots « compagnons », « travailleurs », « éducatifs »…)

L’automatisation des processus manuels (ex. : les cobots dans l’industrie, robots non-autonomes dédiés à la manipulation d’objets en collaboration avec un opérateur humain).

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