La DRH en quête de sens

par | 25 09 2018

 

4 min.

En première ligne dans la gestion de la déprofessionnalisation de certaines catégories de salariés, la direction des ressources humaines doit commencer, elle-même, par se transformer.

S’il est bien une fonction dans l’entreprise au cœur de la problématique de la déprofessionnalisation, c’est bien celle des ressources humaines du fait même de sa mission : accompagner le personnel dans sa relation au travail. Mais la direction des ressources humaines n’est-elle pas elle aussi confrontée à sa propre déprofessionnalisation compte tenu de l’automatisation d’une partie de ses tâches originelles, à commencer par l’établissement des bulletins de paie ?

Les professionnels concernés et les observateurs du secteur préfèrent parler d’une évolution du métier. « Comme pour d’autres professions, l’informatisation a automatisé beaucoup de missions souvent répétitives. La fonction RH en a largement profité en se dégageant de ses tâches administratives », estime François Silva, professeur à la Kedge Business School et auteur de l’ouvrage « Être e-DRH » (Edition Liaisons). L’arrivée de nouveaux processus standardisés dans la gestion du personnel ne s’est pas accompagnée d’une perte d’expertises ou de compétences des DRH, elle aurait plutôt engagé une mutation en profondeur du métier.

Vers une mission de services

Une étude menée par l’ANDRH (Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines) avec le concours de l’APEC (Agence Pour l’Emploi des Cadres) sur l’évolution du poste de DRH entre 2005 et 2015 le confirme. « D’une fonction de gestion qui subsiste bien sûr et demande plus encore de fiabilité du fait de la prolifération réglementaire, la DRH est aussi devenue une fonction de services », note Bénédicte Ravache, secrétaire générale de l’ANDRH, « faire ne suffit plus, il faut désormais mettre en place des services, via notamment le digital (ce qui suppose d’avoir une culture de la collecte et de l’analyse de la data) pour mieux accompagner les salariés de façon plus collaborative, en prenant en compte leur singularité, tout en conciliant reconnaissance individuelle et mesure de la performance. Ce qui n’est pas aisé dans une économie tertiarisée où il est difficile d’estimer la contribution de chacun à la réussite générale ».

Or, les DRH n’auraient pas encore pris la mesure de cette évolution, selon Thomas Chardin, dirigeant fondateur de l’agence conseil Parlons RH : « la DRH doit abandonner ses fonctions régaliennes, sans véritable valeur ajoutée, pour se consacrer à la gestion des talents et à l’accompagnement de la transformation. Cela suppose d’avoir des compétences en marketing (comprendre son marché et mesurer la satisfaction interne) et digital (on ne détient plus l’information, on la diffuse), ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui ».  Pour Thomas Chardin, « ce n’est pas tant d’une déprofessionnalisation qu’il faut parler mais d’une déresponsabilisation. Avec les process, ce ne sont pas des expertises que l’on a perdues mais le lien social – l’essence même de la fonction – que l’on a tué. Aujourd’hui, quel est le sens, la promesse, de ce métier ? ».

Une fonction démunie face à la déprofessionnalisation

Enfin, dans l’exercice de sa mission, la DRH est dans les faits souvent dépourvue lorsqu’elle a à gérer des situations de déprofessionnalisation parmi les salariés qu’elle doit accompagner. « Autant pour les cadres, les ressources humaines savent faire, mais pour les postes à moindre qualification, souvent les plus touchées par la déprofessionnalisation du fait notamment de l’automation et de la numérisation, elles sont démunies », constate François Silva.

En somme, plus à l’aise avec la gestion juridico-légale du « risque humain », la DRH a encore un long chemin à faire pour accompagner l’humain en tant qu’individu dans la gestion de la transformation de son environnement de travail. « Le défi de la DRH est d’arriver à former ceux qui sont confrontés aux effets de la digitalisation en leur permettant d’acquérir, au-delà de leurs compétences socle, des compétences plus générales en numératie, littératie et résolution de problèmes. En termes de formations et d’innovations pédagogiques en la matière, nous n’en sommes encore qu’au début », reconnaît Bénédicte Ravache.

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