Le phénomène du greatwashing

par | 18 06 2019

 

04 min.

 

Théorisée par les maîtres de conférence en Sciences de Gestion de l’Université de Poitiers Jean-Christophe Vuattoux et Tarik Chakor de l’Université Savoie Mont-Blanc, la notion de « greatwashing » s’observe désormais en de nombreuses structures. Comme l’Observatoire OCM le pense depuis l’apparition du phénomène « d’obsession pour la Qualité de Vie au Travail (QVT) », le bonheur ne saurait être décrété et surtout ne saurait être standardisé pour devenir applicable et pérenne en toutes structures et pour tous les individus.

Les risques et les divers problèmes liés à l’absence de QVT revêtent aujourd’hui une importance toute particulière puisqu’ils engendrent trois phénomènes particulièrement néfastes au niveau sociétal :

  • Une multiplication des drames humains liés au mal être dans son environnement de travail ;
  • Une baisse de la motivation des salariés dans le cadre de leur travail, néfaste pour les entreprises ;
  • Un coût social pour la collectivité, engendré par la multiplication des arrêts de travail.

Une noble préoccupation :

Les entreprises ont progressivement dû intégrer dans leur système d’organisation et de management cette préoccupation grandissante pour la QVT, ne pouvant plus ignorer le phénomène, et le législateur, en parallèle, a instauré un certain nombre de règles en la matière.

Cet élan, cette noble quête, semblait, au départ, mu par de saines préoccupations. Elle l’est encore en de nombreuses entreprises et reste portée efficacement et sans arrière-pensées par de nombreux chefs d’entreprises. En effet, ceux-ci ont très rapidement fait la connexion entre « conditions de travail » et répercussion sur la productivité, la motivation et l’implication grandissante de leurs employés. Cette équation mutuellement bénéfique, quand elle est appliquée sainement, présente des avantages irréfutables pour tous.

Mais, dans un schéma tout à fait semblable à celui qui est apparu avec la préoccupation écologique (Greenwashing), le sujet de la QVT est, pour certaines entreprises, devenu un argument commercial et marketing, dénaturant et vidant même de sa substance l’ambition première du phénomène.

Du bien-être au « bien-paraître » :

Certaines entreprises utilisent désormais la QVT et les concepts de bien-être comme vecteur de tropisme pour les futurs employés en déployant une pratique marketing dont elles maitrisent parfaitement les outils. 

En soi, agir pour mieux prévenir les pathologies physiques ou psychologiques de ses employés est une démarche noble et indispensable, mais, comme dans bien d’autres domaines, la récupération de ses actions pour en faire un outil d’autopromotion en trahit la substance.

Les chiffres sont malheureusement implacables, le nombre des arrêts de travail en France ne cesse d’augmenter… peut-on vraiment croire à un paradoxe entre la multiplication des actions en faveur d’une amélioration de la QVT et cette courbe toujours croissante ?

Ne serait-il pas plus juste de constater la relative inadaptation des procédures engagées avec la réalité de la souffrance au travail ! 

Schématiquement, on pourrait dire que, pour certains managers et certains chefs d’entreprise, il n’est plus audible, pour un employé, de se plaindre de ses conditions de travail à partir du moment où il a accès à un cours de yoga par semaine et qu’un vendredi par mois, un apéritif « convivial » est organisé dans la salle de réunion !

Nier le particularisme et nier l’individualité, pour imposer une recette préfabriquée et « templatée » du bonheur au travail, est paradoxalement aussi néfaste que l’ennemi que tout le monde croit combattre. La quête d’un archétype du bonheur qui soit compatible avec tous et en toutes circonstances est illusoire et mensonger.

L’obsession dans bien trop nombreux domaines pour l’universalité des solutions est, pour l’Observatoire OCM, un mal chronique.

La dictature du bonheur ne saurait être une proposition acceptable. 

Dans de trop nombreux cas, les dispositifs simplistes mis en place n’ont, pour seule vertu, que de s’attaquer aux symptômes du mal, à ses conséquences, et en aucun cas à ses causes profondes. En agissant ainsi, les efforts engagés ne portent que peu de fruits, en effet, il n’est, d’aucun profit de s’attaquer aux causes réelles du mal-être, d’aucun intérêt commercial de réorganiser son entreprise sur un temps long… l’important devient de faire des actions visibles, vendeuses et attirantes.

Un glissement sournois s’est opéré dans certaines structures où la préoccupation s’est peu à peu déplacée de la notion de bien être à une notion de « bien-paraître ».

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