Alexis Bafcop, co-fondateur et CEO de Mahali

International Project Manager Mobile Banking chez Orange

Un nouveau type de salariés se développe en France : les intrapreneurs. Créatifs, avides de nouveauté, altruistes, idéalistes, ils innovent en lançant, au sein de leur entreprise, une offre, un service ou un produit doté d’un modèle économique propre. Ils le font en cassant les codes, les habitudes internes ou en défrichant de nouveaux territoires.

Depuis février 2019, Alexis Bafcop peaufine, chez Orange, un nouveau service sur mobile né de son imagination : Mahali. Testé en Côte d’Ivoire, il facilite la livraison de produits achetés en ligne dans les pays d’Afrique où les noms et numéros de rue sont inexistants. Ses dix ans, à Rennes, au service recherche et développement d’Orange, ont forgé son goût pour l’innovation. Mais c’est son ouverture sur l’international qui a fait de lui un intrapreneur. 

Entré dans l’entreprise en 2000 en qualité de développeur informatique, cet ingénieur de formation a vu du pays. De Tokyo à San Francisco, il était à l’affût, pour le compte d’Orange, des nouveaux usages et technologies de pointe. Et depuis 2014, il concevait et déployait « Orange Money » en Afrique, un service de paiement sur téléphone mobile. « J’étais en contact avec des entreprises de Côte d’Ivoire qui faisaient face à un problème majeur pour développer des plateformes de e-commerce : la livraison », raconte Alexis Bafcop. Les habitants de ce pays font en effet partie des 4 milliards d’individus qui n’ont pas, sur terre, d’adresses précises, selon un rapport de l’ONU. Résultat : un colis sur deux n’arrive pas à destination. Pourquoi ne pas créer une solution « clé en main » pour faciliter la vente et l’achat en ligne ? Alexis Bafcop fait part de son idée à son supérieur hiérarchique. Intéressé, il lui rappelle toutefois la charge de travail du service : difficile de consacrer du temps à ce projet. Alexis Bafcop se tourne alors vers l’un de ses anciens collègues du département R&D de Rennes, Géraud Lacaze. Cet ingénieur qui travaille au développement de nouveaux services en Afrique (déclaration des naissances, smart agriculture…) accepte de plancher sur ce projet naissant. Avec le renfort d’un ingénieur stagiaire, ils vont concevoir un premier prototype. « En voyant l’intérêt qu’il suscitait, en interne, Marcelle Blandel, coach à l’Intrapreneurs Studio d’Orange nous a aidé à monter un dossier de candidature. Nous avons pu ainsi bénéficier d’une formation d’un mois », raconte Alexis Bafcop. De quoi structurer leur idée, monter un business plan Canvas, mais aussi trouver des sponsors en interne qui croient en leur projet et le soutiennent.

En février 2019, les voilà parmi les trois vainqueurs de la deuxième édition de l’Intrapreneurs Studio d’Orange. Ils vont pouvoir se consacrer à plein temps à leur projet pendant une période de 6 mois, renouvelable jusqu’à deux ans selon les résultats. Et bénéficier d’une équipe de 4 puis de 7 salariés du groupe mobilisés sur tout ou partie de leur temps.

« Être en binôme était important pour moi. C’est d’ailleurs fréquent dans une start-up. Nous sommes complémentaires. Géraud gère l’aspect technique, moi, le marketing et le développement business » précise-t-il. 

Le duo va fonctionner, selon les règles, en mode start-up. « L’idée c’est de ne pas penser « produit » mais de comprendre, avant tout, les « douleurs » et besoins des utilisateurs. Nous nous sommes ainsi rendus nous-même en Afrique sur le terrain, dans les entrepôts et les commerces de nos entreprises clientes pour observer les livreurs et les vendeurs, mener des entretiens, interviewer des dizaines d’acheteurs et modeler, à leur contact, des idées de services Mahali », commente Alexis Bafcop.

L’expérimentation terrain s’est avérée riche en enseignements. Ainsi, l’idée de communiquer un point de livraison par Google maps n’était pas forcément adaptée aux us et coutumes du pays : l’application est trop lourde à télécharger sur les téléphones portables première génération de livreurs qui ne sont pas, de surcroît, habitués à lire une carte. Un client ne tient pas, de son côté, à donner l’adresse exacte de son domicile pour des raisons de sécurité. Une télévision livrée pourrait être bientôt dérobée. L’objectif de l’application est donc de communiquer le plus facilement et le plus précisément possible un lieu de livraison (à côté de la pharmacie des Longchamps, non loin de la grande mosquée du Plateau…) ainsi qu’un créneau horaire. A chacun de choisir son mode d’interaction : par écrit, via SMS, par description vocale ou par carte. « Nous continuons à faire des tests. Le dernier a eu lieu début juillet 2019 », explique Alexis Bafcop. Son business model ? « Pour l’instant, ce sont les utilisateurs qui créent la valeur de l’application. Elle est donc gratuite. Plus les points de repère livraison seront utilisés et plus ils seront fiables. D’ici deux ans, quand la base de données sera suffisamment fiable et complète, les commerçants seront les plus à même de payer pour le service rendu », précise Alexis Bafcop. Les projets de développement ne manquent pas dans d’autres pays d’Afrique, d’autres continents mais aussi dans d’autres secteurs comme le médical ou l’administration.

A 42 ans, Alexis Bafcop savoure son aventure intrapreneuriale. « C’est un peu comme un MBA. Une incroyable expérience professionnelle, mais aussi humaine ». Que lui réserve l’avenir ? Mahali deviendra-t-elle une start-up externe au groupe ou une ligne de produit intégrée à l’entreprise ? Pourra-t-il, comme Orange, bénéficier pleinement de la réussite de Mahali ? Il est encore trop tôt pour le dire. Une chose est sûre : l’important, pour lui, est de créer un service qui a du sens et qui peut participer au développement économique et social de tout un pays.

Par Delphine Masson.

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