Samir Bengelloum, fondateur de Trust’In

HR Business Partner de Vinci construction

Un nouveau type de salariés se développe en France : les intrapreneurs. Créatifs, avides de nouveauté, altruistes, idéalistes, ils innovent en lançant, au sein de leur entreprise, une offre, un service ou un produit doté d’un modèle économique propre. Ils le font en cassant les codes, les habitudes internes ou en défrichant de nouveaux territoires.

Samir Bengelloum, 34 ans, a trouvé son nouveau terrain de jeu : l’intrapreneuriat. Depuis six ans chez Vinci, ce footballer professionnel, recruté à l’âge de 12 ans au Paris Saint-Germain, a tourné la page à 27 ans. « La raison a pris le pas sur la passion. Je jouais dans des pays touchés par la crise comme la Grèce. Les salaires ne tombaient plus. J’étais las d’enchaîner les contrats d’un an », confie-t-il.

Diplômé d’une maîtrise en sport, management et économie, il se cherche et devient, par relation, consultant chez Michael Page, cabinet de conseil en recrutement. Une expérience formatrice qui lui apprend un nouveau métier et lui donne envie d’un nouveau challenge. Il va le trouver, en 2013, chez Vinci avec un poste de « chargé de recrutement » puis au sein du département ressources humaines de la filiale prestige du groupe dédié aux ouvrages d’envergure : Vinci construction grands projets. Motivé, il entreprend, en parallèle, un MBA en management des ressources humaines à Paris Dauphine.

C’est alors que lui vient une idée : créer une plateforme digitale permettant de faire de chaque salarié un recruteur potentiel. Lui qui a creusé, pendant ses études, le sujet du « salarié ambassadeur » fait le constat suivant : l’entreprise fait systématiquement appel à un cabinet de recrutement externe lorsqu’elle embauche, ce qui représente un coût élevé : entre 8 000 et 10 000 euros par recrutement. Pourquoi ne pas s’appuyer sur les salariés et leurs réseaux sociaux pour trouver le bon profil ?

Il cherche des appuis en interne pour développer ce système de cooptation, quand il apprend, en mai 2017, le lancement par Vinci de Leonard. Ce laboratoire, conçu pour inventer les futurs métiers du groupe, lance des programmes d’incubation et d’accélération de projets innovants, ouverts aux collaborateurs. Un appel est lancé en 2017. En moins d’un mois, cent idées sont recueillies et vingt sont sélectionnées dont la sienne. « J’ai ainsi pu bénéficier d’une formation de quatre mois, à raison d’une journée par semaine, pour développer la plateforme « Coop me » puis la présenter au comité de direction de l’entreprise », indique-t-il.

Nouvelle victoire. Son projet est de nouveau retenu. De quoi passer de la théorie à la pratique. Restait à trouver le bon business model. « Il était important de réduire les coûts de recrutement avec un projet qui soit rapidement rentable », commente Samir Bengelloum. Cette étape clef va le pousser à faire « pivoter son idée ». Vinci possède en effet de nombreuses plateformes digitales que les salariés utilisent peu : ce ne sont pas des « digital natives ». Les besoins du groupe sont par ailleurs multiples et bien plus vastes en matière de ressources humaines. Après réflexion, il lance donc Trust’In connecting talent en juin 2018, un cabinet de recrutement digital intégré au groupe Vinci. « Il facture deux fois moins cher qu’un cabinet externe et réduit les délais de recrutement grâce à une connaissance accrue des besoins, du secteur et des profils recherchés », explique-t-il. Plusieurs services sont proposés dont une offre de formation à l’utilisation des réseaux sociaux (Trust’in training) et un service de recherche de candidat sur les sites d’emploi (Trust’in sourcing). Avec trois salariés, elle table sur un chiffre d’affaires de 300 000 euros en 2019. « Nous avons d’ores et déjà géré 42 recrutements et formé 400 personnes. Nos serons à l’équilibre l’année de lancement », précise Samir Bengelloum.

Les projets de développement ne manquent pas. Samir Bengelloum souhaite maintenant faire évoluer Trust’In à l’international ou encore aller sur d’autres sujets comme la mobilité interne, la gestion de carrière des collaborateurs et « l’out placement ». « Je souhaite faire de Trust In un véritable laboratoire RH interne au groupe Vinci. Une market place où chaque DRH pourrait choisir une offre qui réponde à ses besoins », conclut-il. Toujours aussi motivé.

Par Delphine Masson.

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