Nadège Grennepois, fondatrice de Zen Risk

“Risk Advisory” chez Deloitte

Un nouveau type de salariés se développe en France : les intrapreneurs. Créatifs, avides de nouveauté, altruistes, idéalistes, ils innovent en lançant, au sein de leur entreprise, une offre, un service ou un produit doté d’un modèle économique propre. Ils le font en cassant les codes, les habitudes internes ou en défrichant de nouveaux territoires.

D’où vient son moteur pour entreprendre ? « Difficile à dire. C’est ancré en moi. J’ai du mal à rester passive quand le monde évolue », lance Nadège Grennepois, 45 ans, partner, “Risk Advisory” chez Deloitte. Scientifique, titulaire d’un DESS « ingénierie statistiques et numérique » à L’université des Sciences et Technologies de Lille, elle s’est faite intrapreneur en observant les avancées de l’intelligence artificielle. Et en cherchant à comprendre ce que cette technologie pouvait apporter à son domaine de prédilection : l’analyse et la modélisation quantitative dans le secteur bancaire. Un univers qu’elle connaît bien. « J’évolue, depuis 1999, sur ce marché », explique-t-elle. En France, chez General Electric Capital, puis à Londres et à Manchester, chez Barclays et HSBC. « L’international m’a toujours attiré. Le monde anglo-saxon est en avance sur la modélisation et l’usage des données, explique-t-elle. Cela m’a permis de découvrir et de tester des approches innovantes ».

En 2008, elle choisit toutefois de rentrer en France pour élever ses deux enfants, âgés aujourd’hui de 12 et 14 ans. Elle rejoint notamment BNP Paribas, toujours dans la gestion des risques. C’est alors que Deloitte la contacte. Le cabinet d’audit et de conseil est en quête d’un profil senior pour développer son activité risque de crédit. Elle accepte. « C’était pour moi l’opportunité de sortir du parcours tout tracé que m’offrait la banque, avec un poste plus ouvert sur l’innovation et l’esprit entrepreneurial », commente-t-elle. Elle arrive chez Deloitte en 2015, en plein boom de l’intelligence artificielle. « Quelles nouvelles possibilités offraient l’IA ? Je cherchais à comprendre », se souvient-elle. L’entreprise va lui donner les moyens de mener l’enquête avec deux stagiaires en mode recherche et développement. Elle va par ailleurs bénéficier en 2018 du programme d’accompagnement de femmes salariées et entrepreneures proposé par Willa. « J’ai été la toute première à en bénéficier chez Deloitte », raconte-t-elle. Depuis, l’entreprise a lancé, en interne, D for future, pour détecter et épauler les porteurs de projets innovants. « Je suis une scientifique pas une vendeuse de solution, rappelle-t-elle. Cette formation m’a permis de transformer mon idée en offre commerciale ».

Baptisée Zen Risk, elle propose aux banques un modèle prédictif plus performant et plus fiable pour déceler les mauvais payeurs.  « Prenons le cas de l’achat d’un bien immobilier, raconte Nadège Grennepois. La banque va décider de prêter ou non de l’argent grâce à un outil d’aide à la décision basé sur un modèle statistique tenant compte de différents critères comme le montant du financement, la valeur du bien, le revenu, le taux d’endettement. L’IA permet d’analyser un nombre de données plus vastes, mais aussi d’établir entre elles des relations nouvelles grâce à un procédé non linéaire plus performant. « Nos premières expérimentations ont montré une réduction importante du risque d’erreur, jusqu’à 50% dans certains cas », précise-t-elle. De quoi limiter les prêts défaillants, mais aussi accroître les revenus d’une banque. « La solution permet également à un plus grand nombre de clients de bénéficier de prêts, explique Nadège Grennepois. Certains dossiers étaient en effet jugés non solvables par les outils d’analyse classiques car ils disposaient d’un socle d’informations limitées. Or il s’avère qu’ils le sont. Ce qui est aussi intéressant d’un point de vue sociétal », ajoute-t-elle.

Zen Risk présente un autre avantage : la transparence. « Aujourd’hui les outils de machine learning sont comparables à des boîtes noires. Ils ne peuvent expliquer de manière très précise sur quels critères un client est accepté ou refusé. Zen Risk donne ce type d’informations. Ce qui est de nature à ouvrir le marché en levant les réticences des établissements bancaires et du régulateur », ajoute Nadège Grennepois.

Reste qu’en France la frilosité est de mise. « Le plus difficile pour moi dans mon aventure intrapeneuriale, c’est de devoir passer mon temps à prouver le bien-fondé de mon projet. Je fais face à des interlocuteurs qui ne voient que le verre à moitié vide, qui pointent d’emblée ce qui ne va pas. C’est typiquement français. Aux Etats-Unis, où je suis en train de commercialiser Zen Risk, l’approche est beaucoup plus positive et le développement plus rapide. J’ai rencontré chez Willa d’autres entrepreneurs qui ont dû passer par la case USA avant de pouvoir déployer leur offre en France. C’est ce qu’il m’arrive ».

A la tête d’une équipe de 35 personnes, Nadège Grennepois a développé ce projet en travaillant le soir et le week-end au détriment de se vie familiale. Un an après son lancement, Zen Risk compte des clients tenus secrets et mobilise une dizaine de salariés sur une partie de leur temps. L’offre doit être encore peaufinée. L’expérience utilisateur, notamment, doit être améliorée, mais Nadège Grennepois regarde déjà ailleurs. Elle aimerait que Zen Risk vive de sa propre vie pour se consacrer à un nouveau projet. « Je suis en train de travailler sur un outil d’analyse d’impact des scenarios climatiques sur l’économie d’un pays, les taux de croissance et les revenus des banques. Les enjeux environnementaux sont des sujets qui me touchent et sur lesquels j’ai envie de m’investir. Je vois aussi qu’ils intéressent mes équipes », ajoute-t-elle. Un autre enjeu financier mais aussi sociétal car de nature à réorienter les secteurs dans lesquels les banques investissent. Tout ce qu’elle aime.

Par Delphine Masson.

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