Véronique Zehnacker, Fondation Valrhona

Chargée de mission à la Fondation Valrhona

Un nouveau type de salariés se développe en France : les intrapreneurs. Créatifs, avides de nouveauté, altruistes, idéalistes, ils innovent en lançant, au sein de leur entreprise, une offre, un service ou un produit doté d’un modèle économique propre. Ils le font en cassant les codes, les habitudes internes ou en défrichant de nouveaux territoires.

Pour Véronique Zehnacker, chargée de mission à la Fondation Valrhona, tout a commencé en 2012. Cette année-là, Jean-Luc Grisot, directeur général du chocolatier français réunit ses cadres : « comment notre entreprise contribue-t-elle à changer le monde ? », interroge-t-il. La question va faire son chemin.

Gourmande, attirée depuis toujours par les métiers de la restauration, Véronique Zehnacker est ingénieur agro-alimentaire. Elle est entrée un an plus tôt chez Valrhona en tant que responsable de la qualité réglementaire. «Valrhona avait entamé une démarche pour libérer les énergies et la responsabilité des salariés dans la veine des entreprises libérées. Une responsable RSE venait d’être nommée. J’ai entamé, de mon côté, une réflexion personnelle », raconte-t-elle.

La même semaine, deux amis lui transmettent, chacun de leur côté, un Mooc de Ticket For Change. Un signe. Elle le suit. Cette formation pour acteurs du changement va lui ouvrir les yeux sur les réalisations d’hommes de conviction comme Muhammad Yunus, l’inventeur du micro-crédit. Et lui donner envie d’entreprendre un tour de France de l’entrepreneuriat social organisé par cette école nouvelle génération. «Pour qu’un salarié participe, il fallait que son entreprise débourse 10 000 euros, se souvient-elle. Je n’avais pas encore de projet précis si ce n’est de développer la fondation Valrhona, mais j’ai su convaincre et communiquer mon envie d’entreprendre». En juin 2015, l’entreprise accepte. « Mes collègues n’ont pas compris. Le tour de France avait lieu en août. Ils pensaient que je partais en vacances. J’ai vécu les deux semaines de travail les plus intenses de ma vie ». Phases d’inspiration et d’introspection, élaboration d’un projet et d’un business plan, Véronique Zehnacker présente, 15 jours plus tard, un projet ficelé aux côtés de huit intrapreneurs venus de chez Bledina, Seb, BNP Paribas ou encore PWC. Elle « pitche » devant un jury façon start-up et, banco, rafle le premier prix.

Son idée ? Créer une école de pâtisserie de la deuxième chance à destination des jeunes suivis par les missions locales et les associations. «L’objectif c’est de permettre aux 16-25 ans de trouver un emploi, une vocation, alors que les métiers de bouche, à commencer par la pâtisserie, ne trouvent pas de candidats à l’embauche. La transmission est pour moi importante», indique-t-elle. Lors de son tour de France, elle rencontre Thierry Marx, créateur d’un projet similaire, l’école « cuisine mode d’emploi ». Ils projettent de s’associer, mais leurs cibles et axes de développement divergent. « J’ai regagné l’entreprise et repris mon poste de responsable qualité. Valrhona acceptait que je développe mon projet mais sur mon temps libre. J’ai eu un passage à vide. Une traversée du désert de près d’un an », se souvient-elle.

Et puis, en 2016, dans le cadre du Fonds solidaire Valrhona, l’occasion se présente de tester avec cinq jeunes un atelier pâtisserie d’accompagnement pré-CAP en partenariat avec la Fondation Paul Bocuse. « Le secret, finalement, cela a été de commencer par un petit atelier, de faire un premier pas sans vouloir d’emblée déployer un projet d’envergure», confie Véronique Zehnacker.

Portée par un client pour qui il était important que Valrhona agisse en faveur des métiers de bouche, elle quitte son poste de responsable de la qualité réglementaire en 2018 et rejoint le Fonds solidaire Valrhona au titre de chargée de mission. L’entreprise lui a donné un an pour développer son « Graine de pâtissier ». « Il était aussi important de montrer aux jeunes la réalité du métier. La télévision, avec des émissions comme Top chef, les font rêver mais cela leur donne aussi une fausse image de la profession. D’où l’intérêt d’une formation pré- CAP ». De fil en aiguille, le programme n’a cessé de s’étoffer. Il concerne aujourd’hui 50 jeunes. Quel avenir pour Graine de pâtissier ? En 2019, Véronique Zehnacker a signé pour une nouvelle mission d’un an assortie cette fois d’une dimension commerciale. Je contacte des centres de formation partenaires pour déployer Graine de pâtissier et je cherche, par la mêle occasion, à en faire des clients. « C’est une façon de pérenniser le projet. Sans business, il reste fragile », reconnaît-elle. Et d’ajouter : «Je suis en permanence en situation de devoir convaincre. Rien n’est acquis». Son souhait : que Graine de pâtissier s’inscrive dans la durée et qu’il perdure au sein de l’entreprise avec ou sans elle.

Par Delphine Masson.

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