Philippe Gabilliet : « Le positivisme est une injonction, l’optimisme un pari »

par | 9 05 2019

 

03 min.

Docteur en Sciences de Gestion, professeur-associé à ESCP Europe et à l’École Supérieure des Affaires de Beyrouth, Philippe Gabilliet travaille notamment sur les champs de la psychologie sociale et du leadership. Il a publié de nombreux ouvrages, où il défend l’optimisme comme un levier de performance pour l’entreprise.

« Contrairement au positivisme, l’optimisme ne nie rien ; il ne minimise pas la criticité, voire la noirceur de certaines situations. »

 

Comment définissez-vous l’optimisme ?

On peut poser plusieurs niveaux de définition, tous fondés et qui ne sont pas exclusifs les uns des autres. Tout d’abord, l’optimisme relève d’une fonction cognitive innée : nous sommes tous, sans exception, dotés d’une capacité à nous projeter positivement. L’optimisme peut ensuite être défini comme une disposition liée à notre structure de personnalité, notre éducation, nos expériences. Enfin – et c’est cette lecture qui m’intéresse en priorité -, on peut comprendre l’optimisme comme une posture de responsabilité : je me donne les moyens d’aller susciter chez l’autre l’envie d’avancer.

 

Cette définition est aussi la plus “transposable” au monde de l’entreprise ?

Dans une entreprise, l’optimisme se traduit en comportement collectif d’ouverture, de participation active et de volonté de construire. Cette attitude positive au travail se nourrit d’optimisme autant qu’elle en fabrique. On peut ainsi parler d’un effet sui generis, qui s’accompagne d’effets très vertueux pour le management : clarté sur les buts poursuivis et les règles à suivre, soutien mutuel des acteurs entre eux, confiance réciproque et sens du défi. L’optimisme est une attitude contagieuse. Si nous sommes optimistes pour les autres, nous leur donnons une impulsion pour l’être à leur tour.

 

Ne marchez-vous pas ici dans les pas d’une injonction de plus marquée à des dispositions positives ? Comme s’il “fallait” être heureux, affirmatif, confiant…

Mais ce que l’on invoque ici à tout bout de champ, c’est le positivisme. Un positivisme brandi comme un slogan, de manière primaire, lénifiante et infantilisante. Le positivisme est une injonction, l’optimisme un pari. Pari sur la créativité, l’innovation, l’intelligence, la confiance. Contrairement au positivisme, l’optimisme ne nie rien ; il ne minimise pas la criticité, voire la noirceur de certaines situations. Il prend même complètement acte de la réalité, pour mieux la transformer, avec des solutions adaptées. Il ne vise pas l’idéal, ni le bonheur. Il vise une transformation, même à la marge, même de manière temporaire. Il est la capacité d’interpréter les événements auxquels on se trouve confronté, de décider en situation d’incertitude pour se projeter dans l’avenir. Le positiviste va dire «ça va bien se passer”. L’optimisme va se demander “Que puis-je faire pour qu’à partir de telle situation je puisse trouver un moyen d’avancer et de faire avancer les autres”. Il y a ainsi trois niveaux d’expression de l’optimisme : la manière dont je parle (je déclare que “c’est possible”), la façon dont je vais traiter l’information (ce que je vais définir comme étant signifiant et la manière dont je vais le mettre en avant), la façon de décider.

 

L’optimisme est-il le contraire du pessimisme ?

Nous avons tous une part d’optimisme et une part de pessimisme. Simplement, nous ne plaçons pas tous le curseur au même endroit. Le pessimisme est une ressource de précaution. Nos parents nous ont appris à ne pas traverser la rue sans regarder de tous les côtés, ou encore à ne pas nous approcher trop près d’une flamme. En cela – et pour nous protéger – ils nous ont rendus pessimistes. Le pessimisme n’est pas une valeur négative. Il peut même, dans certains contextes, s’avérer très fédérateur. C’est le «Je vous promets de la sueur, du sang et des larmes” de Churchill. Il y a aussi des pessimistes fonctionnels. Certains postes exigent de ceux qui les occupent un sens aigu des réalités, voire un haut niveau de prudence et d’évitement du risque. On pense en particulier à des métiers concernant la sécurité des personnes, l’estimation des coûts, la gestion de fonds importants, le contrôle sous toutes ses formes, le respect des procédures et des normes techniques, etc. Dans ce genre de fonction, un pessimisme modéré peut même représenter une réelle compétence et un optimisme excessif un danger patent.

 

L’optimisme peut-il s’apprendre ?

En tout cas pas à coup de stages de prise de parole, de gestuelle ou de théâtre, comme le serine une certaine littérature managériale. En revanche, il est possible apprendre à identifier le type de situation qui nous permet d’exprimer  cette attitude. Cela requiert que l’on s’interroge sur ses propres capacités : quelle perception les autres ont-ils de moi, puis-je leur inspirer confiance, sur qui puis-je m’appuyer en priorité ? L’optimisme est un apprentissage par l’expérience.

Parcourir nos articles

Nos interviews

Retrouvez sur cette page toutes les interviews réalisées par nos journalistes dans des domaines variés et sur des sujets éclectiques…

Réagir

Vos idées nous intéressent, votre opinion nous importe et votre point de vue est essentiel, devenez proactifs du changement.

OCM - Observatoire de la Compétence Métier

“L’observation recueille les faits ; la réflexion les combine ; l’expérience vérifie le résultat de la combinaison.”

Diderot

Nous suivre

© 2018 OCM - Observatoire de la Compétence Métier

Réagir - OCM

Newsletter

Restez mensuellement informés de nos publications et de nos évènements.

Votre inscription a bien été prise en compte, l'équipe de l'Observatoire OCM vous remercie.

Share This