Les universités d’entreprise, des incubateurs de solutions

par | 29 10 2019

 

04 min.

Depuis leur apparition voilà un siècle, les universités d’entreprise n’ont cessé de se développer. Elles privilégient toujours le partage de connaissances et la diffusion d’un sentiment d’appartenance mais aussi plus que jamais l’accompagnement au changement.

Infosys, le géant indien du conseil en services informatiques qui emploie quelque 180 000 personnes à travers le monde, a lancé début novembre 2018 la construction de son centre de formation américain à Indianapolis (Indiana). Ce campus dont la première phase sera terminée d’ici la fin de 2020 proposera des programmes de formation s’appuyant sur les meilleures pratiques acquises et développées par la société à destination de ses employés mais aussi de ceux de certains de ses clients.

L’initiative d’Infosys s’inscrit dans une longue marche entamée au début du siècle dernier par de grandes compagnies américaines pour se doter de structures de formation à la culture d’entreprise. En 1919, General Motors crée ainsi la première Corporate University à Flint dans le Michigan. Suivront après-guerre celles de General Electric au milieu des années 50, McDonald’s en 1961, Disney et Motorola dans les années 70… En Europe, la première université d’entreprise voit le jour en 1985 à l’initiative du groupe hôtelier français Accor. Aujourd’hui plus de 4 000 organismes de ce genre existent à travers le monde dont une centaine en France.

 

Une finalité « business »

En un siècle, le concept d’université d’entreprise a considérablement évolué et fait toujours l’objet de débats quant à sa définition. Dans leur ouvrage « The Corporate University Workbook : Launching the 21st Century Learning Organization » publié en 2005 (John Wiley & Son), Kevin Wheeler et Eileen Clegg estiment qu’« une véritable université d’entreprise va au-delà de la formation et de l’éducation pour aider les individus et les process à atteindre les objectifs de l’entreprise ».

 

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Pour la spécialiste du sujet Annick Renaud-Coulon, fondatrice du Global Council of Corporate University (Global CCU) et présidente d’Univencis, les universités d’entreprise ne sont pas en effet de simples centres de formation mais des « structures de learning et développement instituées au sein des organisations, pour challenger et mettre en œuvre les stratégies business dans toutes leurs dimensions (humaine, économique, commerciale, financière, environnementale, sociale, digitale, technologique, de communication…) et pour fédérer autour de l’identité, la marque et la culture de l’entreprise qu’elles aident à faire évoluer ». Selon elle, la finalité d’une université d’entreprise est donc avant tout d’aider les personnes et les équipes à comprendre les challenges de l’entreprise pour résoudre des problèmes et saisir des opportunités d’affaires. « Les universités d’entreprise ont vocation à mettre en œuvre les stratégies de l’entreprise et à fédérer les parties prenantes internes et externes autour de la culture et de la marque de l’organisation », résume Annick Renaud-Coulon qui estime que ces structures doivent directement dépendre du comité de direction avec une forte implication du président.

Les interventions directes de dirigeants de l’entreprise sont donc un prérequis pour la crédibilité d’une université d’entreprise. Mais elle peut aussi s’appuyer sur des partenariats avec des universités ou de grandes écoles pouvant déboucher sur des cursus diplômant à l’exemple de celui de « Management et Ingénierie des Services à l’Environnement » de Campus Veolia avec l’université de Marne-la-Vallée.

 

Mobiliser l’intelligence collective

« L’aspect stratégique de l’éducation est central avec pour objectif la mobilisation de l’intelligence collective sur des problèmes concrets ou des opportunités de développement auxquels est confrontée l’entreprise », ajoute Annick Renaud-Coulon, « nous sommes dans une économie du savoir où il importe de mettre les personnes en situation d’apprendre par eux-mêmes et on l’espère de se motiver dans leur cadre professionnel. Les formes d’apprentissage sont multiples comme, par exemple, des groupes de projet réunissant des dirigeants et leurs équipes épaulés à l’occasion d’experts ou d’animateurs de l’université d’entreprise. Le learning by doing est de plus en plus prisé dans ces structures ». La fondatrice du Global CCU évoque le cas exemplaire de « l’université de Banco do Brasil qui, au-delà de la qualité de l’environnement de ses installations, délivre des services très en phase avec les besoins du business. Elle sait parfaitement communiquer avec son système client, avec par exemple un portail pour ses parties prenantes mais aussi les familles de ses salariés ou les retraités ».

Librairies virtuelles, tutoriaux électroniques, webinars, blended learning, formation en réalité virtuelle et augmentée… l’e-learning a en effet le vent en poupe. « Mais attention avec l’intelligence artificielle, on manque encore de recul. L’acte d’éducation est avant tout un acte d’échange », prévient Annick Renaud-Coulon qui rappelle que « l’e-learning coûte cher en développement, beaucoup d’apprenants ne finissent pas leur e-formation et un grand reproche qu’on peut lui faire est qu’il ne contribue guère à l’insertion dans l’entreprise, ni à la fidélité à celle-ci, chacun étant de facto placé dans une logique individuelle d’apprentissage, sans que l’on puisse mesurer vraiment l’impact des efforts fournis, malgré les prétentions contraires ». Or, plus que jamais, l’entreprise gagnera à proposer un endroit où les gens apprennent dans l’échange.

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